Maison Marie-Rollet


Le témoignage de Nathalie

Il y a quelques années, j’ai connu un épisode de violence dans une nouvelle relation. J’ai grandi et vécu avec le respect, n’ayant jamais vu ni connu la violence qu’à la télévision. Il y avait bien ma petite voix qui me disait que je devais faire quelque chose : mais quoi ?  Cet individu disposait de ma vie, mais la terreur me pétrifiait.

Un soir, après plusieurs visites à mon domicile, les policiers ont sorti mon agresseur et m’ont dit qu’ils ne voulaient pas que je reste seule chez moi. Sur le siège arrière de la voiture de patrouille, je me sentais comme dans un mauvais rêve. Les policiers m’ont demandé où je voulais me rendre, je ne savais pas quoi répondre. Je leur ai donc demandé de m’emmener dans un endroit où les gens me feraient comprendre le bon sens (puisque le mien semblait m’avoir désertée). J’ai choisi de leur faire confiance car je savais dans mon for intérieur que je ne méritais pas ce traitement. En quelques mois de relation, il m’avait séquestrée, battue, volée et contrôlait désormais complètement ma vie. Après plusieurs tentatives ratées, j’ai enfin réussi à m’affirmer et à le faire arrêter.

À chaque fois, les intervenantes de la Maison m’ont accueillie sans me juger. Elles m’ont offert un toit où me réfugier, des repas, une routine de vie sécurisante et une écoute chaleureuse, même quand je n’étais pas capable de parler. J’étais tellement déconnectée que je n’avais même plus conscience du degré de dangerosité de cette relation. Les rencontres individuelles et de groupe m’ont permise d’échanger avec les autres femmes victimes de la violence de leur conjoint. Les intervenantes, par le biais de leur approche et de leurs outils, m’ont permis de me reconnecter avec mes émotions et mes besoins, sans jamais me presser. Elles m’ont supportée dans mes hauts et mes bas et m’ont fait comprendre que le gros du travail, c’est moi qui le faisais pour un avenir meilleur. Le personnel était auprès de moi pour m’accompagner, me guider et m’encourager à m’en sortir. J’ai été accompagnée dans ma démarche judiciaire et j’ai pu profiter d’un suivi à l’externe après avoir quitté la maison, ce qui m’a fait réaliser tout le chemin parcouru.

Quand tout s’écroule autour de nous, que nous perdons tous nos repères, que la honte ou la peur nous empêche de demander de l’aide, il est essentiel de trouver une pierre solide sur laquelle nous reposer afin de reprendre notre souffle. C’est ce que la Maison Marie-Rollet m’a offert grâce à son personnel dévoué à la cause des femmes violentées.

Aujourd’hui, je suis fière de m’en être sortie. Je ne les remercierai jamais assez d’avoir cru en moi, pendant la période la plus noire de ma vie. Elles m’ont redonné mon amour-propre, je peux maintenant affirmer que plus jamais je ne laisserai quelqu’un parler plus fort que ma petite voix…

Nathalie