Maison Marie-Rollet


Les enfants et la violence conjugale

L’exposition à la violence conjugale chez les enfants et adolescents

Les enfants peuvent être à la fois témoins, exposés et victimes de la violence familiale et, peu importe le type de violence vécue,  ils en subiront les conséquences. Un enfant forge une grande partie de sa personnalité à l’aide de son environnement social. En bas âge, les enfants sont limités dans la variété de modèles adultes. On peut compter parmi ceux-ci leurs parents, la famille élargie et les éducateurs/éducatrices à la garderie, sans plus. C’est pourquoi le contexte dans lequel grandit l’enfant est d’une grande importance. Le fait de vivre dans un climat de tension et de violence psychologique et physique peut donc nuire au développement de toutes les sphères de la vie de l’enfant.

On peut donc remarquer que dans une telle situation, certains sujets demeurent délicats, tel que l’éducation des enfants. Cela peut déclencher des querelles et  du stress au sein du couple ; la mère  anticipe et craint les réactions du conjoint face à la discipline et aux décisions à prendre en ce qui concerne les enfants.

Un exemple du quotidien

Jason, 4 ans, va à la garderie le jour et passe le reste du temps avec ses parents. Il lui arrive de manifester des comportements de violence à la garderie en lançant des jouets sur les murs. L’éducatrice a donc demandé à Madame de travailler avec elle à modifier ce comportement. Le soir à la maison, le conjoint de Madame exige un calme absolu, ne tolère aucun bruit ni pleur du petit Jason. Madame appréhende donc les réactions du conjoint lorsque l’enfant fait une crise.

Ce soir-là, au retour de la garderie, elle décide de jouer avec Jason. Celui-ci lance son train sur le mur et après deux avertissements, Madame lui retire le jouet en lui expliquant que ce n’est pas bien de faire cela. Comme conséquence, il ne pourra plus jouer avec son train ce soir. Bien entendu, Jason n’est pas content ; il fait donc une crise et pleure beaucoup.

Dilemme

Madame maintient sa conséquence et gère la crise de son garçon afin d’éliminer ce comportement inadéquat. Toutefois, si elle laisse le petit pleurer, elle devra également vivre avec la colère du père qui ne veut pas entendre de bruit. Ce dernier risque également d’être violent avec elle et Jason pourrait donc être témoin de cette crise entre ses parents. La mère est donc déchirée et ne sait pas quoi faire ; elle se sent piégée.

La notion d’enfant témoin et exposé

Il y a plusieurs notions à définir lorsqu’il est question d’exposition à la violence conjugale.

Exposé : l’enfant entend des gestes ou paroles violentes, même si on le croit endormi. Il peut être dans une autre pièce et entendre la chicane, arriver de l’école et sentir la tension dans l’air en voyant que son père est en colère, entendre sa mère faire mention de son désir de quitter la maison ou la voir pleurer.

Témoin : cela signifie que l’enfant est dans la même pièce que ses parents lors des épisodes de violence conjugale.

Victime : le parent est violent verbalement, psychologiquement ou physiquement avec l’enfant ou lorsqu’il reçoit des coups résultant d’un épisode de violence entre ses parents.

Enjeux vécus par les enfants exposés

Vivre dans le secret

Les enfants vivant dans un contexte de violence conjugale garderont pour eux leur vécu et par conséquent,  continueront d’en vivre les répercussions à long terme.

Le conflit de loyauté

L’enfant est aux prises avec des sentiments contradictoires face à ses parents. Il peut vivre des questionnements et avoir de la difficulté à différencier le bien du mal. Par exemple, l’enfant peut vivre de la colère face à son père lorsque celui-ci devient violent et en avoir peur en même temps. L’enfant vivra donc des sentiments contradictoires au quotidien. Comme il n’est pas possible pour un enfant de vivre dans un tel conflit émotif trop longtemps, il voudra donc le régler en prenant partie pour l’un ou l’autre des parents,  en manifestant de la colère ou du mépris. Cela peut également amener l’enfant à se refermer sur lui-même.

Bourassa et Turcotte, (1998) ; Boutin, 1998 ; Hilton, (1992) ; Jaffe et al. (1990) ; Maillé, (1996) ; McGee, (1997) ; Wolfe, (1999)